Chronique : Carbone modifié

Richard K. Morgan
Traduction : Ange
Milady
Science-Fiction
8 €
572 pages
J’ai acheté ce roman il y a deux ans je crois et c’est la sortie de l’adaptation en série par Netflix qui m’a décidé de le lire. Du coup, j’ai attendu de terminer la série avant d’écrire ma chronique afin d’analyser les deux.

Le roman se déroule d’après le point de vue du héros, Takeshi Kovacs, criminel emprisonné qui est embauché par Laurens Bancroft pour résoudre le meurtre de celui-ci. Dans ce futur lointain, l’immortalité est à portée de bras (surtout pour les bras riches) : si votre corps (ici appelé enveloppe) meurt, vous pouvez être « ré-enveloppé » dans le corps de quelqu’un d’autre, dans la majorité des cas dans celui d’un criminel qui purge sa peine.

Donc Takeshi est ré-enveloppé dans un corps sur Terre et engagé pour résoudre cette énigme. J’ai adoré son ton, à la fois cynique, désabusé et lucide sur l’existence. Ce personnage est l’un des plus individualistes et cohérents qui m’ait été donné de lire. Ce n’est pas si évident de créer un anti-héros qui ne vire pas complètement dans le bien pour conserver l’amour du lecteur. Takeshi fait les choses qui lui semblent juste en fonction de sa propre morale et ça marche. Ce qui fait aussi la force de ce personnage, c’est son background chez les Diplos. Nous avons régulièrement des flash back intégrés à ses réflexions qui nous permettent d’en apprendre plus sur sa vie passée. J’avoue que certaines choses sont restées floues pour moi, lire ce livre m’a pris beaucoup de temps et je n’étais pas à 100% concentrée à cause de mon travail qui m’a vampirisé tout mon temps libre des mois de mai et juin.

L’enquête du meurtre de Bancroft était intéressante. Le personnage même de Bancroft était chouette, plus complexe et intriguant qu’à première vue. J’ai aussi beaucoup aimé son acteur et son incarnation dans la série qui lui rendait bien justice. Sa femme par contre m’a été antipathique du début à la fin. Pour poursuivre sur les personnages, j’ai bien aimé Kristin Ortega, même si là encore, elle est davantage mise en avant et sublimée dans la série. Les rares alliés que se fait Takeshi permettent de compléter le tableau et de découvrir la violence et l’injustice de ce monde du futur.

La conclusion sur la mort de Bancroft est bien trouvée, ça se tient mais je n’aurais jamais pu le deviner !Néanmoins, on perd un peu le fil de ladite enquête. Il se passe tellement de rebondissements et de contretemps qu’à la résolution de l’enquête principale on a presque oublié comment tout avait commencé.

Les idées développées dans ce roman au sujet de l’immortalité sont classiques en SF  mais toujours intéressantes à suivre. C’était d’ailleurs très bizarre puisque j’ai moi-même abordé certaines thématiques dans mon roman de SF qui devrait sortir l’an prochain. Notamment cette histoire de puce qui est ici poussée à son extrême et cette pratique de ré-enveloppement. Il va falloir que je mette une note pour préciser que j’ai lu Carbone Modifié après avoir écrit mon roman ! (même si finalement Carbone Modifié date de 2003 en VF). Il reste des idées passionnantes sur la mort, les liens entre les individus, l’âme humaine et les sempiternels clivages entre les riches et les démunis.

La description du roman nous promet une histoire dopée et à déconseiller aux cœurs fragiles. C’est vrai que le sang coule et que la torture est présente et bien dérangeante. Ni le monde, ni Takeshi ne font dans la dentelle. La violence est omniprésente et n’a plus vraiment de limite dans un monde où la mort n’est plus une finalité. Il y a eu des scènes violentes, intenses, difficiles à supporter quand on s’imagine réellement ce qu’elles impliquent : des tortures en mode virtuel, du snuff, des représailles… J’ai aimé l’esprit des Diplos même si leur justice est expéditive.

J’ai aimé l’univers et les personnages mais je m’attendais à plus qu’une enquête policière dans un monde futuriste. Il m’a manqué un peu plus d’implication et d’empathie, d’où ma note qui n’est pas à la hauteur de l’univers incroyable développé ici.

Et c’est là que la série entre en scène car elle a été, à mes yeux, une très bonne adaptation avec juste ce qu’il faut de différences pour impliquer davantage le public et apporter une vision complémentaire. Les scénaristes ont rendu le tout plus personnel pour Takeshi. Il gagne en humanité, sans toutefois virer dans le héros non plus, il reste à la lisière de l’anti-héros. J’ai beaucoup aimé le traitement de la série et leurs changements. En particulier le personnage de Quell sur qui je ne vais rien dire pour ne pas spoiler et celui de Kristin Ortega qui prend beaucoup plus d’ampleur et de charisme et l’IA de l’hôtel à qui on s’attache bien plus. Visuellement, la série colle parfaitement à l’idée que j’en avais, ils ont d’ailleurs repris des scènes avec la couverture du roman français. L’immersion était totale. Passé le décalage entre le Takeshi dans le corps de Ryker (caucasien) et le vrai Takeshi (asiatique) on s’attache bien à notre héros et j’ai bien mieux compris son passé grâce à la série.

Je vous conseille de regarder cette série après avoir lu le livre (ou bien si vous ne voulez pas le lire du tout). C’est une très bonne adaptation je trouve. Quant au roman, il est bourré de bonnes idées et d’actions et je vais très certainement me prendre la suite directe Anges Déchus.

Ma note : :star::star::star::star::star-empty:

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s