Les auteurs SFFFH francophones ont du talent

Hey ^^
Je fais une petite pause dans le NaNo qui commence doucement mais avec motivation ! Donc en ce 1er novembre je participe à un évènement organisé par la communauté « l’invasion des grenouilles », créée par Gaëlle Dupille. Cet événement c’est : les auteurs SFFFH francophones ont du talent ^^
Du 1er novembre au 1er décembre, tous les auteurs de SFFFH (science-fiction/fantastique/fantasy/horreur) francophones qui le souhaitent vont poster sur leurs blogs et sites Internet l’extrait d’un roman, novella ou nouvelle dont ils sont les auteurs et qu’ils souhaitent faire découvrir à leurs lecteurs.

J’avais déjà participé à un événement de cette communauté le 1er septembre en achetant deux ouvrages de SFFFH francophones, donc je rempile avec plaisir avec l’événement actuel. J’ai choisi de vous présenter un extrait de l’Ijiraq (Créatures de l’Ouest T1), ma romance/fantastique/western, publiée en numérique aux éditions Laska
Ce texte est en vente chez les Editions Laska (abonnement ou libre), Immateriel, Kobo, Amazon

Avant de vous laisser avec cet extrait, quelques liens d’autres ami(e)s auteur qui participent à l’événement avec leurs textes 🙂

Cécile Duquenne (profitez-en, c’est une exclu pour aujourd’hui seulement)
Richard Mesplède
La suite à updater dans les jours à venir !

Bonne lecture !

                         

               

Confortablement allongé sur le lit parental, Connor goûtait à un repos bien mérité. Dans la chambre d’à côté, simplement séparée par une alcôve et un rideau, la petite Beth s’était endormie après avoir finalement épuisé ses pleurs. L’aube pointait à peine et, avec elle, la fraîcheur matinale.
Frigorifié, Connor se leva et s’emmitoufla dans sa veste. Doucement, il s’approcha de l’alcôve pour observer la petite fille qui dormait encore à poings fermés. Il se détourna, alla dans la cuisine attiser le feu et préparer un café aussi chaud que stimulant. En même temps, il fouilla un peu pour dégoter du tabac et rouler une cigarette. En tant qu’Américain et père de famille, John en avait forcément.
Connor venait tout juste d’allumer sa cigarette, quand un bruit suspect lui fit tendre l’oreille. Tandis que le bruit se répétait, l’homme se retira lentement vers le lit, à côté duquel reposaient sa carabine et son revolver.
Quelqu’un essayait d’entrer par la porte du cellier qui donnait sur l’extérieur — sans doute une tentative désespérée de John pour récupérer sa petite dernière. D’un geste vif, Connor prit son revolver, vérifia le chargeur, puis s’avança à pas de loup dans la pièce principale. Le cellier était à côté de la cuisine, dissimulé derrière un rideau. L’aventurier avait oublié de vérifier cette ouverture. Pas fou au point de négliger tout danger par excès d’orgueil, Connor s’approcha prudemment et se cacha derrière la table. Dans l’obscurité, l’intrus ne le verrait pas.
La porte s’ouvrit avec lenteur, dans un léger grincement. De sa position, Connor ne distinguait rien derrière l’épais rideau. Il entendit des pas furtifs, puis quelqu’un entra finalement, se glissant sans bruit.
« Mais qui voilà ? » s’exclama subitement Connor.
Il se redressa en reconnaissant le nouvel arrivant. D’abord surpris, il était maintenant amusé par l’audace de June. Prise sur le fait, celle-ci sursauta et manqua faire tomber son arme de fortune, une barre en fer qui devait peser la moitié de son poids.
« Rendez-moi Beth ! clama-t-elle après avoir repris contenance.
— J’admire ton courage, mais ce geste stupide aurait pu te coûter la vie ou celle de ta sœur. »
Soulagé, Connor se décontracta, gardant son arme prête en cas de besoin. Son expérience lui avait appris à ne jamais sous-estimer une femme désespérée. Ou bafouée.
« Où est-elle ? demanda June.
— Elle dort dans son lit et tu vas la réveiller si tu n’arrêtes pas de beugler », cingla-t-il.
June ouvrit la bouche, puis se ravisa. Embarrassée, elle se mordit la lèvre tout en se demandant comment se sortir de ce mauvais pas. Comme d’habitude, elle n’avait pas pris le temps de penser à son plan avant de le mettre à exécution. Connor combla la distance entre eux, menaçant, et posa le canon de son arme sur la tempe droite de la jeune fille.
« Est-ce que tu réalises que je pourrais te tuer, là, dans l’instant ? Sans témoin ni obstacle ?
— Qu’est-ce qui vous arrête ? Vous avez peur de blesser une femme ? »
Élevée loin des codes sociaux d’une Amérique en plein développement, June avait dû se forger son propre caractère au sein d’une famille privée de garçon, vivant dans des conditions extrêmes. Elle était courageuse et volontaire, mais également bornée et irréfléchie.
La réponse de Connor ne se fit pas attendre. Du revers de la main gauche, il gifla l’imprudente, qui vacilla.
« T’as de la chance que je sois droitier et clément, déclara-t-il en désignant la main qui tenait le révolver. Ce n’est pas parce que j’ai été souple avec toi et tes parents qu’il faut me prendre pour un idiot, compris ? »
Abasourdie, June porta une main à sa joue rougie. Ses lèvres tremblèrent et, l’espace d’un instant, l’homme crut qu’elle allait se mettre à pleurer. Il la sentait tressaillir et lutter contre des émotions contradictoires de colère et de soumission. La haine avait toutefois déserté son joli visage. Alors qu’elle s’apprêtait à parler, elle s’arrêta, la bouche grande ouverte. Ses yeux s’écarquillèrent et son visage se figea dans une expression terrifiée.
Connor ne sentit que trop tard une présence dans son dos.
À peine se fut-il retourné qu’un immense bras le percuta pour le propulser à l’autre bout de la pièce. Il atterrit brutalement sur la cheminée, son dos heurtant le rebord, avant de s’écrouler au sol, sur les cendres qui s’étaient échappées du foyer. Le souffle coupé, il se redressa avec peine, juste à temps pour assister à une scène surréaliste. Une créature indéfinissable se tenait courbée devant une June terrorisée. C’était une espèce de monstre aux membres anormalement longs et pourvu d’immenses bois, tel un élan.
La créature se pencha davantage, plongeant son regard dans celui de la jeune fille. Connor crut que celle-ci allait se mettre à hurler, mais elle perdit simplement connaissance, s’effondrant sans aucune grâce sur le plancher. Le mystérieux arrivant enjamba son corps et se dirigea vers les chambres, entouré d’une brume qui n’avait rien de naturel. Le temps que Connor se remette debout et trouve son revolver, tombé sous un siège, le monstre avait réapparu, tenant Beth dans ses bras. Sans un regard, il quitta la maison en poussant des soupirs rauques.
Paralysé, Connor demeura pantois durant de longues minutes. Son cerveau n’arrivait pas à traiter cette scène avec logique. C’était impossible. Impensable.
Je n’ai pas rêvé, bon sang ! pensa-t-il alors que son dos meurtri le lançait.
Le froid s’engouffrant par la porte d’entrée grande ouverte — qu’il était sûr d’avoir verrouillée ­— le raviva quelque peu. Il réagit enfin et s’approcha de June, dont le jupon était remonté suite à sa perte de connaissance. Perturbé par ces événements, Connor ne jeta même pas un œil sur ses jolies jambes dénudées. Il redressa la jeune fille et la secoua sans ménagement pour la réveiller. Une technique sommaire mais efficace, puisqu’elle ouvrit les yeux avec un gémissement peu élégant.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? marmonna-t-elle tout en se massant la nuque.
— Tu as tourné de l’œil, ma jolie, et tu as dû salement te cogner au passage. »
Entendre la voix de Connor ramena June à la réalité, d’autant que l’homme avait posé ses mains sur ses épaules et qu’elle n’était pas très présentable. Elle le dévisagea d’abord, surprise, puis offensée et finalement, inquiète.
« La créature…, commença-t-elle.
— Elle est partie avec Beth.
— Quoi ? » s’écria-t-elle aussitôt.
Avec une violence insoupçonnée, elle repoussa Connor et se mit debout. Elle chancela et manqua tomber, puis, s’aidant des meubles, elle se précipita vers les chambres. Vides. Elle revint comme une furie dans la pièce principale et attrapa le responsable par le col de sa veste.
« Où sont-ils allés ? Et pourquoi n’avez-vous rien fait ? C’était quoi, ce monstre ?
— Calme-toi, intima-t-il en la repoussant, sans brusquerie cette fois. Je n’ai aucune idée de ce qu’est cette… chose.
— Et vous êtes resté là sans rien faire alors qu’elle prenait ma sœur ? »
Connor réprima un sourire amusé devant le caractère enflammé de son interlocutrice. La situation inquiétante l’incita à rester sérieux : même s’il ne l’avouerait pour rien au monde, cette rencontre l’avait effrayé. Il s’était vu déchiqueté par la créature.
« Dit celle qui s’est évanouie, répliqua-t-il. Au cas où tu n’aurais pas remarqué, j’ai volé à l’autre bout de la pièce. Je n’ai pas eu le temps de réagir. »
D’un geste de la main, June lui montra qu’elle se fichait de ses explications. Sans plus attendre, elle se rendit dans sa chambre pour en ressortir un instant après, chaudement habillée. Elle prit une lampe à huile, une gourde, quelques provisions, puis se para de ses bottes rembourrées de fourrure.
« Tu fais quoi, là ? s’enquit Connor, qui se doutait déjà de la réponse.
— Je pars à sa recherche ! »
Il voulut s’exprimer pour donner son avis sur la stupidité de cette action, mais il se rétracta. Après tout, cela ne le regardait aucunement. Si la jeune fille voulait mourir de froid, c’était son droit le plus strict. Ainsi, pendant que June allait mettre ses parents au courant, l’homme but avidement son café chaud, ce qui lui permit de chasser ses derniers frissons d’angoisse.
Il s’accorda plusieurs minutes pour analyser la situation avant le retour des propriétaires des lieux. La créature, quelle qu’elle soit, avait clairement choisi Beth. Vu sa corpulence et sa force, elle aurait tout à fait pu enlever June aussi. Elle aurait même pu les tuer. Mais non, elle s’était contentée de venir, d’écarter de son chemin tous les obstacles et de prendre la petite. Restait à savoir pourquoi.
« On s’en fiche du pourquoi, tu te barres vite fait avant que les choses dégénèrent », marmonna-t-il pour lui-même.
Sur ce, il termina son café d’une traite, rassembla ses affaires et s’esquiva par la porte du cellier — la fameuse.
Quelques instants plus tard, le reste de la famille revenait dans la maison. John essayait de calmer les pleurs hystériques de son épouse, tandis que leur fille ne cessait de scander leur départ imminent pour retrouver sa sœur.
Pendant ce temps, Connor se faufilait à l’intérieur de la grange, où deux chevaux et cinq vaches laitières se partageaient une botte de foin maigrichonne. Sa propre monture avait malencontreusement péri lors de son voyage mouvementé. Le choix était limité ; au moins les deux équidés semblaient-ils robustes. Des Quarter Horse à première vue, plutôt rustiques et dont les épais poils les préservaient du froid. Connor jeta son dévolu sur le plus costaud des deux, un grand bai qui semblait calme. Il le pansa brièvement puis le sella, non sans subtiliser le maximum de matériel. L’espace d’un instant, il se sentit mal à l’aise de voler cette famille qui venait de perdre leur petite fille.
« Le monde est cruel et les hommes égoïstes », philosopha-t-il pour faire taire sa culpabilité.
Il remplit les poches du tapis de selle de grains et de gourdes, attrapa une couverture, puis fila. Paniqués, ses hôtes ne remarquèrent pas son absence, du moins jusqu’à ce que June aille préparer sa monture. Ses jurons résonnèrent dans les bois quand elle découvrit le vol — mais Connor était déjà loin.


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